
Par Louis Ruzoviyo
C’était .il y a 34 ans : l’exploit de Khartoum!
Vital`o FC qualifié en finale d’une Coupe d´ Afrique des Clubs !
» Dieu créa le Soudan et se mit à rire » est un proverbe soudanais, plein d’humour! Témoin de l’exploit, j’avais ainsi introduit mon article pour le quotidien du Burundi le » Renouveau ». Disons sans ambages: le dieu du ballon avait souri à Vital’ o, rentré sans casse de Khartoum, la qualification dans ses bagages à savoir une place en finale de la Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe (7ème édition). L’équipe Vital’o, non connue dans la cour des grands en Afrique signait un exploit, en éliminant sur son propre terrain le « Géant rouge et jaune » (dit- on en arabe), en l’occurrence Al Merrick, vainqueur de la Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe, au dépens des solides nigérians, Bendel Insurance, en 1989- Cette performance fut à l´actif de Kanyankore dit Yaoundé, plus connaisseur des joueurs de Vital’ o mieux que l’entraîneur algérien Cheradi. Kanyankore dit Yaoundé, c’était en référence au « Bombardier » du Tout Puissant Mazembe de Lubumbashi, le joueur congolais, Pierre Kalala Mukendi pour les brillants matches qu’il avait livré à Yaoundé en » trouant » les filets du solide Canon de Yaoundé, en Coupe d’Afrique des Clubs Champions. Aussi imposant que Kalala dit Yaoundé et buteur « canonier » dans sa jeunesse; il avait tout prévu dans la « fournaise » de Karthoum afin de contrer un « tourbillon » qui avait emporté auparavant plusieurs clubs en plein match. Les équipes suivantes furent ainsi effacées du tableau. Ce sont: Express (Ouganda), Railways SC (Tanzanie), US Mbila Nzambi (Gabon). Mais Kanyankore dit Yaoundé avait tout prévu (en 1/2 finale): une défense haute et conquérante dont l’arrière gauche et droit se muaient incessamment aux mouvements offensifs et portant appui aux distributeurs, la clé du succès !
Telle est l’historique performance que je vous rappelle en relatant succinctement la prestation individuelle des joueurs de Vital’ O. J’étais présent à double titre: journaliste sportif et représentant de la fédération en tant que vice- président de la Fédération de Football du Burundi sur vote des présidents des clubs de football de Bujumbura affiliés.
Ramazani: Gardien (23 ans)
Jeune gardien de but souple, doté de bons réflexes qui en faisait un grand gardien potentiel. A Kharthoum, Ramazani se montrait très vigilant d’emblée sous la pression soudanaise Aucune erreur de distraction ni de sortie temérain à son compte, des fautes dont profitaient parfois ses adversaires. Il n’en pouvait rien sur le but marqué dans les arrêts de jeu (8ème min.). Une balle vicieuse bondit et fila tout droit dans les filets.
Kazadi : Libéro (30 ans)
Kazadi, d’une cadence accrochée au sol, tacles glissés et couvertures impeccables de ses coéquipiers, il y avait du spectacle dans son jeu ! Doyen de l’équipe à Khartoum aux 9 apparitions en Coupe d’Afrique, il fut intraitable dans son couloir et sur hautes balles malgré sa petite taille. Aussi robuste et athlétique, il aurait pu faire la joie de clubs européens, recruté dans sa jeunesse.
Debo : Arrière latéral gauche (23 ans)
De grand gabarit autour de 80 kg, Debo progressait au fil du temps. Et très combatif, il était le » tour » de la défense n’hésitant pas à élever sa voix afin de ramener l’ordre au sein de l’équipe. Appliqué dans les relances de jeu, il était bon tireur de coups francs en force lorsqu’ ils se présentaient. Debo décisif au match aller contre AL Merrick, il écarta au match retour un but soudanais tout fait par une intervention énergique de la jambe consécutive à une tête plongeante d’ un adversaire.
Gatera: Arrière latéral (22 ans).
Gatera d’une intensité physique à revendre, il s’imposait par son intransigeance sur balle haute ou balle au sol. Victime d’une intoxication alimentaire à Alger lors d’un match du onze national » Intamba « , il ne tarda point à prendre ses marques et se comporter efficacement au match retour des 1/2 finales à Karthoum.
Assumani: Arrière droit (19 ans)
Petit de taille, très bon technicien, tel était ce dauphin et pur produit du club. Ses montées balle au pied étaient d’un apport important aux mouvements offensifs du club. C’est dire qu’il était de la lignée de ses devanciers Nkusi, Simon joueur, s’évertuant à faire oublier Pierrot du « onze national » Intamba « exilé » en France !
Indele: Milieu offensif (25 ans)
D’une allure trompeuse de précarité, il était pourtant le plus endurant dans ses mouvements portés à l ‘avant et l’arrière. D’habitude milieu défensif, il jouait un rôle de milieu offensif et apparut comme un brillant éclaireur à la ligne médiane. Mis en confiance, il aurait pu rendre un grand service au « onze national » Intamba à ce poste.
Mala : Milieu offensif (25 ans)
Pétri de talent mais intermittent, ses accélérations et infiltrations mirent pourtant à rude épreuve l’adversaire soudanais. Bref, Mala s’est bien comporté et appliqua à la lettre les consignes du staff technique.
Kirahinduka J. P : Milieu offensif (23 ans)
En baisse de forme criante peu avant le match, il se mit à la tâche avec panache dès sa titularisation au poste de demi défensif, son rendement fut mitigé. Véritable « force de la nature », costaud dans les duels, sa baisse de régime fut d’un manque énorme dans l’équipe globale du club.
Nduwayo dit Maradona : Milieu offensif (27 ans)
Fin technicien, d’une vision périphérique remarquable, il était capitaine de l’équipe nationale et « poumon » du club Vital’ o. Aussi adroit sur les balles arrêtées pareil à Malick, il avait réussi des buts formidables dans ce domaine et qui feraient exulter les meilleurs techniciens européens. A Karthoum, il avait joué le rôle de milieu défensif afin de pallier aux places vacantes laissées par Jean Jacques et Pierrot.
Juma Mossi (attaquant (22 ans)
Jeune attaquant combatif à Karthoum comme à l’accoutumé, sa propension à garder le ballon se fiant à son art du dribble n’empêcha point son rendement au-dessus de la moyenne.
Sans tarder, sa technique balle au pieds ainsi que sa marge énorme de progression et d’adaptation au jeu le conduisit avec succès sur les différents stades africains, en Afrique du Sud et au Gabon. Son abnégation au service de l’équipe nationale en tant que joueur et encadreur est exemplaire !
Jean Marie Mbuyi (22 ans)
Il était le capitaine et buteur de l’équipe, en témoigne ce but splendide des 20 m qu’il réussit au stade Prince Louis, au match aller face à Africa Sport, le vainqueur de l’édition au match retour à Abidjan. A Abidjan précisément, une égratignure contractée à la cuisse en championnat l’en empêchait d’être au summum de ses moyens. Néanmoins ses débordements et ses dribbling en mouvement en fit le meilleur buteur de l’association à trois jours de la fin du championnat, à Bujumbura. Très vaillant, il tenta une carrière professionnelle en Europe !
Joueurs de banc- Assumani attaquant (22 ans).
Relevant de la malaria, sa courte titularisation dans les 5 dernières minutes n’a pas permis de porter notre appréciation sur sa prestation. Assumani, dans ses meilleurs jours, sa rapidité balle au pied déstabilisaient toutes les équipes adverses.
L’on comptait également sur le banc, en cas de besoin les joueurs suivants: le gardien Ibrahim Bébé, Malick, Hassan et Kabeya.
Tel fut le grand fait d’armes de Kanyankore dit Yaoundé. A l’issue de l´exploit du Karthoum, aux connaisseurs de l’ambiance du stade du 20- Mai à Kinshasa, on aurait souhaité une finale contre Imana de Kinshasa et bénéficier du soutien du public de Vita Club son grand rival (50 000 spectateurs et plus), mais les Congolais subissaient le match à aller à Abidjan (4-2) avant d’égaliser à Kinshasa (1-1), un résultat insuffisant et synonyme d’élimination en 1/2 finale. Imana ratait ainsi la place de la finale contre Vital’ O au bénéfice de l’Africa Sport d’Abidjan !
L’entraîneur Kanyankore dit Yaoundé : Paix à son âme !
Année 1973, je revois feu Kanyankore gambadant sa fière et longue silhouette balle au pied avec maîtrise. Il menait l’équipe de son école, le Collège St Albert dont il était le capitaine football et volleyball. C’était « Yaoundé » déjà préparé et aguerri sur le terrain aux joutes sportives africaines futures.
A cet instant, étudiant à l’ENE, l’école voisine, jamais je n’aurais pensé croiser plus tard Kanyankore en campagne sportive africaine victorieuse ensemble,19 ans plus tard en 1992.
A Karthoum, Vita’o affrontait le champion soudanais Al Merrick surnommé « le Géant rouge et jaune », vainqueur de la Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe en 1989 devant Bendel Insurance du Nigéria (0-0; 1-0). La tâche de Vital’ o s’annonçait ainsi ardue, relevant de l’exploit ! Au tour précédent Vital’ o avait déposé tour à tour: BTM Antananarivo (Madagascar), Power Dynamos (forfait), ASDR Fatima (République Centrafricaine), la 1/2 finale contre AL Merrick du Soudan.
Feu Kanyankore dit Yaoundé, que la déesse NiKE symbole éternel de la victoire et de l’ excellence olympique l’ accueille dans sa lumière !
Feu Kanyankore dit Yaoundé !
– Sa stratégie fut sa force,
– Son leadership sa vertu,
Son succès notre joie !

