Voici la belle histoire des Bafana Bafana sacrés en 1996 (football), combinée à l’histoire des Springbokx (rugby), les champions du monde 1995, dans la fierté et l’allégresse sud-africaine!

Par Louis Ruzoviyo
Jamais je ne pouvais manquer à cet événement, la première compétition africaine de football à Johannesburg, à l’aube de l’ère démocratique sud-africaine! J’empochait mon Ordre de mission du gouvernement sans frais de mission et atterrissait à Johannesburg ! Le transit était Nairobi pour l’obtention du visa! Journaliste sportif et vice-président de la Fédération de Football du Burundi, ce titre me permit de rencontrer le président de la Confédération Africaine de football, feu Issa Hayatou à qui j’ai exposé les problèmes du football burundais ! D’une grande simplicité malgré ses nombreuses sollicitations devant un petit journaliste, seul le nom burundais qui lui était familier en ce moment, m’a-t-il dit était Mpfubusa Bernard, l’arbitre international. J’en garde une photo souvenir de cette rencontre ainsi que celle de mon entrevu un moment plus tard avec l’envoyé de Radio France Internationale, en l’occurrence, l’aîné journaliste sportif Gérard Dreyfusm
A Johannesburg, c’était émouvant de voir de jeunes pavaner dans des lieux qui leur étaient interdits, très peu de temps auparavant tandis que les Blancs et Noires acclamaient ensemble leurs sportifs; une action impensable sous l’Apartheid un système politique ségrégationniste qui a été combattue par la Communauté Internationale dont les instances sportives internationales à savoir la FIFA et le CIO! » Ôh Sport tu es la Paix, Ô Sport tu es la Joie », en référence au texte célèbre de Pierre de Fredi le baron de Coubertin fondateur des Jeux Olympiques modernes!
Tel Jules César homme politique romain dans son message de victoire 46 av. J. – C.: « veni » (je suis venu), « vidi » (j » ai vu), « vici”(j’ai vaincu); l’ Afrique du Sud est arrivée (veni), vu (vidi), et a vaincu ( vici)!
– « Veni », l’Afrique du Sud et ses Bafana sont arrivés, méconnus…
L’Afrique du Sud, après une décennie d’exclusion intégrait le CIO en 1991: et la FIFA en 1992! Quatre ans seulement s’étaient écoulées et l’Afrique du Sud inscrivait son nom au gotha des vainqueurs de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations), depuis sa création en 1957, faisant 12 champions.
Les Bafana Bafana arrivaient ainsi méconnus sur la scène sportive africaine. Ils n’avaient pas été aux éliminatoires de la phase qualificative de l’édition à domicile (CAN 96), un bonus réservé au pays organisateur. L’unique indice à son compte s’avérait être la victoire (1-0) le match amical gagné contre le Cameroun à Durban en 1992. Ce succès était peu probant quatre ans plus tard en 1996, face aux brillants joueurs professionnels africains évoluant en Europe. Il est à citer le lauréat du Ballon d’or Georges Weah sacré meilleur joueur évoluant en Europe ( AC Milan) année 1995.
-Vidi,
L’Afrique du Sud a vu les stars concurrentes éliminées!
D’emblée, le Libéria conduit précisément par George Weah s’arrête au premier tour. C’était également le cas des Eléphants de la Côte d’Ivoire éliminés au 1er tour qui rentraient à la maison prématurément. Vainqueurs de l’épreuve en 1992, ses professionnels en Europe tels que Gouamené le gardien, Abdoulaye Traoré « Ben Badi» ne purent pas accéder au second tour. L’autre surprise allait être l’élimination au second tour des solides Egyptiens et Algériens anciens vainqueurs de l’édition, au moment où les Bafana Bafana filaient en finale. Les Bafana Bafana stoppaient de leur part l’Angola, ensuite les Lions Indomptables du Cameroun, ancien vainqueur aussi de l’épreuve et trois fois présents au VM dont le 1/4 de finale en 1990. Dans cette équipe du Cameroun figurait Oman Biyick tombeur de l’Argentine tenant du titre et la star Maradona (but de la tête signé Omar Biyick. Il y avait aussi le regretté Marc Vivien Foé qui allait rendre son âme à Dieu sur le terrain à Lyon (2003) en 1/2 finale de la Coupe de la Confédération contre la Colombie. La prix Marc Foé en sa mémoire est attribué au meilleur joueur africain de l’année évoluant en Europe!
Après le Cameroun, les Bafana Bafana frappaient encore fort en éliminant une grande équipe africaine en 1/2 finale: les Black stars du Ghana . Et nul n » avait envisagé pareille sortie, un score lourd subi par un quadruple champion champion d » Afrique à ce stade de la compétition, par 3 buts à 0.
– Vici: L’Afrique du Sud a vaincu et a triomphé en finale face à la Tunisie!
La Tunisie déjà finaliste en 1965, ne put rien devant des Bafana Bafana portés par un public déchainé et vibrant à chaque touche de balle des siens. Il était écrit, semble-t-il – il que cette Coupe n’allait pas quitter le sol sud-africain! C’était chose faire car, Mark Williams frappe deux fois d » afficilée (73ème et 75ème minutes) en seconde période. Les Aigles de Carthage tunisiens ne reviendront plus au score en s’inclinant à juste titre malgré le talent de ses attaquants dont le géant Ben Rheklissa et le remuant Slimane. Les tunisiens avaient éliminé en 1/2 finale l’équipe zambienne sous l’impulsion du brillant Kalusha Bwalya meilleur buteur (5 buts), un des rares rescapés de l’équipe décimée par l’accident d’avion en 1993 et médaillée de bronze CAN 92 après avoir battu le Nigéria (1-0).
A Johannesburg, la victoire sèche sud-africaine déjoua les pronostics, une fois de plus! L’on savait que les clubs tunisiens brillaient depuis deux ans au niveau continental. Ainsi Espérance de Tunis avait gagné la Coupe d » Afrique des Clubs Champions (94). A cela s » ajoute la victoire de l’Etoile Sportive du Sahel, victorieuse de la Coupe de la CAF 95 ! De la préparation de l’équipe nationale, 35 jours de stage avaient été programmé avec 8 matches amicaux internationaux ! En face c’étaient des Bafana Bafana dont les plus en vue furent John Moshoeu du club turc et Marc Williams du club égyptien Al Ahly le buteur et héros de la finale par ses 2 buts. A eux deux, ils sont à créditer de 4 buts chacun sur 11 buts de l’équipe! Deux autres professionnels à signaler étaient du club anglais Leeds United, à savoir Phil Massinga et Radebe. Les joueurs locaux ont également brillé, le créateur du jeu au milieu et technicien Dr Kumalo, le capitaine Tobey, le solide défenseur Mark Fish de Orlando Pirates. Pour sa première participation (1995), Orlando Pirates avait surpris en remportant la Coupe d’Afrique des Clubs Champions au dépens d’AS Mimosas d’Abidjan.
Tels furent les grands artisans de la victoire mémorable sud-africaine.
Soweto et le football:
Des pleurs d’antan à la joie d’aujourd’hui!
La mémorable victoire des Bafana Bafana du 3 février 1996, fut célébrée en apothéose à Soweto. Ce haut lieu de la résistance contre l’Apartheid, naguère théâtre des larmes et des souffrances se convertit en un immense foyer de joie et d’espérance
Au rythme des danses et chants, tout un peuple enfin rassemblé par le sport, chantait à l’unisson Jamais je n’avais vu danser danser avec autant de virtuosité!
L’Afrique du Sud venait de conquérir également l’Afrique du football faisant de cette victoire historique combinée à celle des Springbox champions du monde de rugby en 1995, un symbole vivant de fraternité, de renaissance et d’unité en Afrique du Sud.
