Propos recueillis par Patrick SOTA, journaliste sportif de la presse écrite burundaise et membre de l’AJSB.

» Il faut travailler d’arrache-pied, avoir un fil conducteur pour avancer à chaque rassemblement »
Monsieur Patrick Sangwa est un entraîneur de formation….
De par son niveau d’études, son expérience et sa formation, il a été désigné par la Fédération de Football du Burundi pour remplacer Etienne Ndayiragije dont le bilan est, au bout du compte, peu reluisant !
En l’espace de deux ans et au terme de quinze rencontres livrées par les Hirondelles, Ndayiragije présente une note de 4 victoires, 8 défaites et 3 matchs nuls !
Cette copie maussade ne pouvait que provoquer une mine langoureuse des supporters de notre Équipe Nationale ! Et le courroux de l’instance faîtière du football burundais !
Les bruits faisant état de son limogeage circulaient à la vitesse V dans les quartiers de Bujumbura. Son départ se sentait comme la caque sent le hareng pour manque criant de résultats ! Il ne pouvait en être autrement !
C’est donc sur le burundais d’origine congolaise Patrick Sangwa Mayani que la Fédération de Football du Burundi a jeté son dévolu.
Ses deux premiers résultats à la tête de la sélection n’ont pas été convaincants ! D’aucuns ont même émis des critiques sèches allant jusqu’à dire que c’est bonnet blanc et blanc bonnet par rapport à son prédécesseur !
Mais, l’homme aux allures d’un gentleman ne s’en laisse pas conter et entrevoit un avenir radieux avec les Hirondelles…. La mission qui l’attend est ardue ! Mais excitante ! Sangwa est un battant né ! Ceux qui le connaissent à Bujumbura depuis longtemps ne tarissent pas d’éloges sur lui !
Nous vous invitons à suivre les réponses qu’il nous a apportées par rapport aux interrogations de l’heure qui hantent plus d’un !
Journaliste : Patrick Sangwa, bonjour ! Quel est votre état d’esprit après ce nul et cette défaite des Hirondelles respectivement face au Malawi et au Sénégal ?
Patrick Sangwa : Bonjour ! Mon état d’esprit est bon. Mais, j’espérais plus du match contre le Malawi. Car, l’objectif était de gagner en privant les malawites du ballon, tout en gardant une bonne assise défensive. Ces deux choses y étaient, mais ce qui nous a manqué c’est l’efficacité offensive.
Journaliste: Au vu de ces deux matchs, comment jugez-vous le niveau des joueurs burundais alignés sur terrain ?
Patrick Sangwa: Le niveau footballistique est bon. Mais l’est moins tactiquement. Les joueurs ont pu découvrir ce que signifie « rigueur tactique ». Un joueur ayant toujours été libre de courir comme bon lui semble a des difficultés lorsque vous limitez son champ de course. Pour arriver à une bonne organisation tactique ça prend du temps. Et, au final, on vise chez le joueur une meilleure productivité, un meilleur rendement. Ça viendra au fil du temps et au fil des entraînements et des matchs, l’essentiel étant d’avoir décelé cette faille chez certains joueurs.
Journaliste: Nous avons vu une équipe burundaise dont la défense a, globalement, fait un bon travail, une prestation mi-figue mi-raisin à la médiane et une attaque quasi-inexistante ! Avez-vous eu la même impression ? Ou percevez-vous les choses autrement ?
Patrick Sangwa : Je vous donne totalement raison, défensivement, on sent une équipe déjà en place. Par contre, les sorties de balle et la possession au niveau médian et offensif n’ont pas encore produit les résultats escomptés. Il faut noter que, contre le Malawi, il nous a juste manqué la finition, tout en se disant qu’on peut encore faire mieux dans la possession.
Journaliste: Comparativement aux matchs aller du Sénégal et du Malawi, le Burundi, lors de la phase retour, a gagné en possession, mais a perdu en résultats ! D’où ce déchaînement des critiques ! En tant que technicien, comment pouvez-vous expliquer ce phénomène ?
Patrick Sangwa: Les critiques, je suis prêt à les recevoir. Et les accepter. Car, nous savons tous que les supporters ont besoin de vibrer. Mais moi, en tant sélectionneur, est-ce les résultats contre le Malawi et le Sénégal qui m’intéressent ou mettre déjà en place une philosophie et un fil rouge sur lesquels nous nous baserons lors des prochains rassemblements ? Ma réponse tombe comme un couperet, c’est oui pour le fil rouge et la philosophie. En revanche, si gagner contre le Malawi nous aurait qualifiés à la CAN 2025, j’aurais évolué autrement avec un bloc fort haut (pressing haut), en prenant plus de risques.
Les éliminatoires de la CAN 2027 doivent se préparer sérieusement. Si je pense trop à ces deux rencontres livrées contre le Malawi et le Sénégal, je risque de perdre de vue notre principal objectif. Notez tout de même que le présent me sert à préparer les éliminatoires de la CAN 2027.
Comparer avec les prestations d’avant, je laisse le public le faire. Pour ma part, j’ai promis la CAN 2027 aux burundais, et je mettrai tout en œuvre pour y parvenir. Garder à l’esprit que tout se prépare. Se fixer un objectif et se donner les moyens pour y parvenir. Que devons-nous faire maintenant, afin d’être prêt lors des éliminatoires de la CAN 2027? Voilà la question majeure que nous sommes tous appelés à répondre.
Journaliste: L’ossature des Hirondelles vous paraît-elle idoine pour la suite des échéances ? Ou comptez-vous faire appel à d’autres éléments pour renforcer l’effectif ?
Patrick Sangwa : A l’heure actuelle, je n’ai pas encore évolué avec tous les éléments nécessaires. Défensivement, je suis plus que satisfait, moins offensivement et au niveau circulation de la balle. Présentement, je mets en place une procédure pour aborder les binationaux. En mettant toutes les chances de notre côté. Mais aussi établir un projet clair sur les objectifs de la FFB d’ici, à l’an 2027. Convaincre un joueur professionnel par des paroles mielleuses n’est pas mon fort ! Je ne suis pas de ce monde et aime des choses précises, réalistes et concrètes. Dans les mois à venir, vous aurez sûrement la possibilité de pouvoir lire le projet en question.
Quant à l’ossature, j’ai des garçons comme Frédéric, Christophe, Youssouf, Caleb, Shassir, Abedi, Marco, Saido (les deux) qui ont déjà un vécu. Certains ont joué la CAN 2019, d’autres pas. L’expérience est là, reste à y greffer d’autres talents capables d’apporter un plus au groupe.
Journaliste: Grosso modo, quel est l’objectif majeur de Patrick Sangwa avec ces Hirondelles ? La CAN 2027, la Coupe du Monde 2026, ou les deux ?
Patrick Sangwa: Pour moi, il n’y a pas débat, c’est la CAN 2027 qui reste l’objectif numéro 1. La Coupe du Monde nous servira à préparer justement les éliminatoires de la CAN 2027. Si nous faisons une bonne campagne des éliminatoires du Mondial 2026, cela voudra dire que nous sommes sur le bon chemin. Dans le cas contraire, il faudra que je m’arrache les cheveux pour trouver des solutions avant le début des éliminatoires de la CAN 2027.
Journaliste: Selon nos sources, sauf changement de dernière minute, nous apprenons que le match aller des Hirondelles face à la Côte d’Ivoire aura lieu à Bujumbura en mars 2025. Éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Le fait de jouer à domicile devant notre public ne donne-t-il pas de l’espoir à Sangwa pour remporter cette rencontre tant attendue ? Peut-on y croire et faire tomber le champion d’Afrique dans nos installations ?
Patrick Sangwa: Le fait de jouer devant le public burundais sera un avantage indéniable. Mais le public seul ne gagnera pas ce match et les rencontres à domicile qui suivront. Il faut travailler d’arrache-pied, avoir un fil conducteur pour avancer à chaque rassemblement. Si on me demandait de choisir entre battre la Côte d’Ivoire et aller à la CAN 2027, je choisirai la CAN 2027 sans la moindre hésitation !
Sinon, tout est possible au football surtout sur une rencontre ! Mais ce qui prime en règle générale c’est d’avoir une philosophie, un projet. Si ces deux conditions sont réunies, battre chez nous le champion d’Afrique est possible. Et, pourquoi pas, envisager plus tard une participation à la Coupe du Monde ? Mais gagner juste pour gagner ne garantit aucune pérennité ! Il faut une vision claire, une orientation, le tout dans un programme cohérent via le projet dont je faisais allusion ci-haut. Le public attend des victoires. Il les aura. Mais, ces victoires, nous les voulons plus dans les éliminatoires de la CAN 2027. Attention, battre le champion d’Afrique nous ferait grappiller des points au classement FIFA. Et, du coup, plusieurs paliers issus de notre projet seraient franchis ! C’est vraiment un bon coup à jouer !
Journaliste: Le temps de préparation qui vous est imparti avec les Hirondelles est-il suffisant pour décrocher de bons résultats ?
Patrick Sangwa: Oui et non !
Non, parce que tous les sélectionneurs reçoivent les joueurs à quelques jours des échéances des matchs. Les joueurs proviennent de leurs clubs respectifs, et forcément, le temps imparti aux préparatifs est très court ! Mais, comme les conditions semblent les mêmes pour tous les sélectionneurs, Patrick Sangwa ne réclamera pas des faveurs non accordées aux autres !
Oui parce que nous entraînons des joueurs que nous connaissons d’une manière générale. Et, comme ils viennent rodés vu les matchs en jambes qu’ils ont dans leurs équipes, les automatismes sont déjà là ! Il ne reste plus qu’à faire de petites mises au point !
La veille d’un match, on est censé avoir une séance très courte (volume) avec une intensité élevée.
Mais, contre le Malawi, nous avons privilégié une séance d’entraînement normale (très long = volume en termes de temps), car il nous restait encore de la matière à donner aux joueurs.
Journaliste: Patrick Sangwa a-t-il une opinion globale sur le championnat local du Burundi vu qu’il vit en Belgique ?
Patrick Sangwa: Honnêtement non! Mais, je compte venir l’un ou l’autre week-end assister à quelques rencontres pour évaluer le niveau du championnat burundais.
Journaliste: Dites-nous très brièvement comment relever le niveau général de notre championnat et par voie de conséquence celui de nos clubs ?
Patrick Sangwa: Personnellement, je dirais d’abord qu’il faut des moyens financiers adéquats car il est impossible de relever le niveau, si à chaque fin de saison, les dix meilleurs joueurs se frayent une place au soleil sous d’autres cieux ! Ce départ massif de nos meilleurs éléments a un impact négatif sur la stabilité et le rendement de notre championnat local en coupes africaines des clubs !
Mais, il ne faut pas aligner dix clubs avec beaucoup de moyens pour avoir un bon rendement en coupes africaines des clubs ! Quatre à cinq clubs suffisent amplement pour relever le niveau du championnat et conséquemment les résultats de nos équipes en coupes africaines des clubs. En trouvant suffisamment de moyens à ces clubs, et en mettant en place une organisation conforme aux exigences du football moderne, les résultats suivraient…. Du coup, tout le monde y trouverait son compte : la FFB, les joueurs et les entraîneurs.
Journaliste: Auriez-vous des plans, voire des projets de développement du football local à proposer ou à soumettre à la Fédération ? Si oui, quelles en sont les principales articulations ?
Patrick Sangwa: Les idées, les projets, j’en ai plein la tête, maintenant reste à voir la faisabilité. En parler maintenant, serait vous mentir, car je n’ai pas encore la certitude de leur réalisation. Mais compte laisser une trace indéniable dans l’évolution du football burundais en général.
Comme exemple, j’ai déjà des contacts avec quelques directeurs sportifs des clubs belges, et je voudrais être en contact avec presque tous les clubs professionnels belges, afin de faciliter l’exportation des vrais talents burundais.
Je suis un homme de terrain, et je ne serai jamais agent de joueur, car j’adore le terrain et déteste tout ce qui se passe en coulisse.
Il y a aussi un projet commun entre la FFB et moi-même, à savoir la formation des entraîneurs burundais (en plus des formations CAF).
Journaliste: Monsieur Patrick Sangwa, nous vous remercions.
Patrick Sangwa: Je vous remercie également.
